LE CAHIER DE DOLEANCES

Article paru dans le Journal SUD-OUEST du Lundi 5 Mars 2012

 

Le préfet délégué à la Défense et à la Sécurité a promis aux anciens combattants de transmettre leurs doléances au ministre, bloqué à Angers samedi.

 

Et donc, Marc Laffineur, secrétaire d'état UMP aux Anciens combattants, est resté samedi matin cloué sur le tarmac d'Angers par un brouillard aussi opaque qu'un mur de béton. Il n'a donc pu participer à la cérémonie d'hommage aux morts pour la France organisée à Arcachon. Une rencontre avec les associations d'anciens combattants était ensuite programmée au Palais des congrès d'Arcachon. C'est donc Hubert Weigel, le préfet délégué à la Défense et à la Sécurité, qui s'est chargé de mener la réunion, de dire ce que le ministre avait à annoncer aux Anciens combattants. Enfin, il a promis de transmettre à Marc Laffineur les doléances des anciens combattants.

« Nous sommes les oubliés »

Et ils en avaient des choses à dire. Ils ont cependant dû attendre qu'Yves Foulon, le maire UMP d'Arcachon, leur souhaite la bienvenue et leur dise à quel point « ce rassemblement le remplissait de fierté ». Mais aussi qu'Hubert Weigel lise le discours qu'avait préparé Marc Laffineur. Un discours en forme de bilan pour dire que Nicolas Sarkozy avait tenu ses promesses : l'augmentation de quatre points de la retraite du combattant (de 609 à 665 euros), égalité de traitement entre frères d'armes français et étrangers, élargissement des critères d'attribution des indemnisations pour les militaires victimes des essais nucléaires, campagne double pour tous les anciens combattants d'Afrique du Nord, etc. Alors bien sûr, dans la salle, si certains applaudissent les avancées, d'autres contredisent le discours du ministre. Comme cet ancien d'Algérie qui fut clair : « Le ministre qui se gargarise d'avoir accordé la campagne double aux anciens d'Afrique du Nord. C'est faux. Parce que le décret est inapplicable. » Mais certains ont pointé d'autres contradictions. « Voilà, je fais partie des oubliés. Il y a eu plus de 500 morts et 150 disparus après le 2 juillet 1962, date de l'indépendance et 1964, l'année où l'armée française a définitivement quitté le sol algérien. Pourquoi n'avons-nous pas le droit à la carte du combattant ? Nous sommes les oubliés. » Celle-ci nécessite quatre mois de présence au combat. Or, officiellement, les combats étaient finis... Un autre intervenant a ajouté que ce problème concernait 15 000 appelés. Autre problème abordé, celui des psychonévroses de guerre : « Je suis un ancien d'Algérie. Et dans une guerre, il y a des larmes et du sang mais certains reviennent blessés dans leur âme. En 2003 a été créée une commission spéciale sur ces psychonévroses de guerre, existe-t-elle toujours ? Moi, c'était en 1956 et j'en souffre encore. »

Officielle ou dédiée ?

Comme pour d'autres questions, le préfet a relevé la question et promis de transmettre, sans pouvoir, évidemment, répondre. Reste que le Colonel Gouaichault, commandant de la BA 120 de Cazaux, a pris la parole : « Je reviens d'Afghanistan et ce problème est pris à bras-le-corps. Un accompagnement psychologique existe sur le théâtre d'opération mais aussi après les combats. C'est fondamental. » Ensuite, la nouvelle conception de la commémoration du 11 novembre, où tous les morts pour la France seront honorés, a été discutée. Certains anciens combattants se sont inquiétés de savoir si chaque conflit aurait encore sa journée. « Oui, chacun a sa journée dédiée. » Des anciens combattants auraient préféré voir écrit le mot « officielle » plutôt que « dédiée ». Et puis d'anciens militaires se sont plaints de la lenteur de l'administration à traiter les dossiers permettant aux soldats des opérations extérieures de bénéficier de la campagne double. Enfin, Hubert Weigel a tordu le coup à une rumeur qui circule sur Internet : « L'armée algérienne n'est pas prête de défiler sur les Champs Élysées le 14 Juillet. »

 



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