11 NOVEMBRE 2016

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus, du conseil municipal et du Conseil municipal des jeunes

Monsieur le Commandant Guerrier représentant le Colonel LEFEBVRE Commandant la Base Aérienne 120.

Mesdames et Messieurs les Officiers, sous-officiers, hommes du rang, des forces armées, de gendarmerie, de la Police municipale et du centre de secours de Biganos,

Mesdames et Messieurs de la Protection Civile,

Jeunes gens de la chorale de Biganos.

Messieurs les porte-drapeaux,

Mesdames, Messieurs,

 

Réunis devant le monument érigé pour honorer les Morts pour la France, saluons les victoires remportées grâce à leurs sacrifices. La Marne, d’abord, qui est la victoire d’une alliance car l’offensive russe en Pologne a soulagé le front français. Verdun ensuite où l’ennemi n’a pu contraindre, comme il l’espérait, la France à cesser le combat. Verdun est une victoire de notre armée qui a tenu sous les bombardements en repoussant les assauts de l’adversaire.

Si Verdun occupe une aussi grande place dans nos mémoires, c’est que cette victoire est la dernière que la France a remporté sans le soutien direct d’alliés.

« L’idée du passé ne prend un sens et ne constitue une valeur que pour l’homme qui trouve en lui-même une passion de l’avenir. L’histoire donne à l’avenir les moyens d’être pensé ».

Cette réflexion, Paul Valéry la formula aux lendemains de la Première Guerre Mondiale.

Ébranlé par les ravages du conflit, le poète avait perçu très tôt la nécessité de penser le futur des nations d’Europe à l’aune de ce désastre qui avait signé la fin de leur suprématie sur le monde.

98 ans après l’Armistice du 11 novembre 1918, ces mots disent l’importance de notre rassemblement. L’histoire donne à l’avenir les moyens d’être pensé. Elle donne aussi des clés pour comprendre notre présent.

Nous vivons en effet en Europe une période troublée, profondément marquée par l’incertitude : incertitude face à une crise économique sans précédent qui, peu à peu, menace de faire basculer nos sociétés sur la voie des extrêmes.

Incertitude devant des bouleversements géopolitiques d’une ampleur inédite et les changements d’un monde dont notre continent n’est plus l’épicentre.

Incertitude quant à ces actes de terrorisme aveugle, Charlie Hebdo, Espace Casher, Bataclan, Nice.

Incertitude face à ces révolutions de l’autre côté de la Méditerranée, dont les issues ne cessent d’interroger.

Incertitude encore face à l’afflux de réfugiés… et pour lesquels il faudra bien trouver une solution.

La paix, la démocratie, la prospérité, sont des biens fragiles. Nous le savons en Europe. Nous le savons même davantage qu’ailleurs, nous qui sommes de ce continent qui, par deux fois au siècle passé, s’est déchiré et qui par deux fois au siècle passé, a entraîné avec lui le monde dans le chaos.

Alors qu’approche le jour où nous commémorerons le centième anniversaire de la Première Guerre Mondiale, en un temps où les derniers témoins ont déjà disparu, nous rassembler comme nous le faisons en ce 11 Novembre doit être l’occasion de célébrer nos morts, ceux qui donnèrent leur vie pour la Patrie ; les 17 morts boïens de 1916 bien sûr, mais aussi tous nos morts, ceux de toutes les guerres.

Ce doit être aussi l’occasion d’appréhender un siècle d’histoire européenne, avec ses guerres passées, mais aussi avec les décennies de paix que nous venons de vivre.

Car ce siècle d’histoire a forgé nos consciences. Il a hissé au premier rang de nos valeurs la paix, la tolérance, la fraternité. Il a fait de ces valeurs le socle d’un modèle que nous avons la responsabilité de promouvoir et de faire rayonner.  Ce siècle d’histoire nous a aussi appris à reconnaître les multiples visages des ennemis de la paix.

Ennemies de la paix, ces tensions que fait surgir la crise quand le lien fraternel qui doit unir les hommes se dissout sous le poids des difficultés économiques.

Ennemis de la paix, la méfiance et le ressentiment qui peuvent alors surgir entre les peuples. C’est cette méfiance et ce ressentiment qui portent toujours en germe tous les conflits. C’est d’eux que naquit la Grande guerre.

La guerre de 1870 avait laissé de profondes cicatrices avec, du côté français, la perte de l’Alsace-Lorraine vécue comme un outrage. Les conflits coloniaux avaient achevé de tendre les relations, créant des lignes de partage de plus en plus irrémédiables entre ces puissances soucieuses de préserver ce qui était leurs sphères d’influence. Il suffisait de peu de chose pour que le pire survînt.

Et quand, le 28 juin 1914, un nationaliste serbe assassina l’Archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, les nations d’Europe n’eurent qu’à laisser s’épancher leur désir de vengeance, précipitant les unes contre les autres leurs armées, leur jeunesse, leurs élites, épuisant leurs ressources jusqu’à l’extrême limite de leurs forces.

Ce fut cela, la Grande Guerre.

Près de 10 millions de morts, dont près de 1 400 000 pour notre pays. 20 millions de blessés, dont 4 millions en France, avec ce cortège de mutilés, de gueules cassées, marquées à jamais dans leur chair et dans leur âme. Les moyens de production modernes s’étaient soudain mués en autant de moyens de destruction massive et les hommes découvraient avec effroi l’ampleur des ravages causés par l’arsenal des armes modernes.

Ce fut aussi cela, la Grande Guerre.

Passés les premiers mouvements de troupes, elle se figea rapidement en lignes de front continues. Elle s’enterra et la boue des tranchées, le froid, la mort, devinrent le quotidien des soldats.

Ce fut surtout cela la Grande Guerre.

Et pourtant, le pire était encore à venir. Parce que la paix fut mal négociée, la Première Guerre Mondiale portait en elle les germes de la Seconde, pire encore que celle qui l’avait précédée, avec le drame de la Shoah, l’extermination de 6 millions de Juifs, qui marqua pour notre civilisation un avant et un après.

Ces tragédies européennes, il nous faut les avoir à l’esprit au moment de commémorer le 11 Novembre. Car c’est seulement après que l’indicible eut été atteint que l’Europe parvint à s’engager enfin sur la voie de la paix.

Capable du pire, l’Europe fut alors capable du meilleur, initiant une construction politique sans équivalent dans le monde. C’est cette construction qu’a récompensé le Prix Nobel de la Paix décerné en 2012 à l’Union européenne. Mais ce Prix Nobel est aussi un appel pour l’avenir.  C’est justement parce que nous croyons en l’avenir que ces commémorations ont du sens. C’est parce que nous croyons en l’avenir que nous continuons d’interroger le passé, les leçons de la Grande Guerre, puis celles de Jean Moulin.

 Oui, l’Histoire donne à l’avenir les moyens d’être pensé.



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