18 JUIN 2016

Monsieur l’Adjoint représentant Monsieur le Maire,

Mesdames et Messieurs les élus du Conseil municipal et du conseil municipal des Jeunes,

Mesdames et Messieurs des forces de Gendarmerie, de Police et du corps de Sapeurs-pompiers,

Messieurs les Porte-drapeaux,

Mesdames, messieurs.

 

La place du 18 juin dans l’Histoire de la France est toute singulière.

Ce n’est ni un jour de victoire, ni de défaite, pas plus un jour de révolution. C’est un jour, pour reprendre les mots du philosophe Hölderlin, un jour «où croît le péril mais croît aussi ce qui sauve».

Cet appel historique, que nous commémorons 76 ans plus tard, fut un acte politique fondateur. Celui du courage d'un homme, capable, contre tous, de dire "non". Quand le Général de Gaulle quitte Bordeaux et gagne Londres, le 17 juin 1940, le destin de la France est en train de vaciller.  Il est alors « un bien pauvre homme, chef d’une bien pauvre France libre, n’ayant ni territoire, ni troupes, ni cadres, ni argent, ni organisation » comme il le dira lui-même quelques années plus tard. Il prononcera le lendemain, sur les ondes de la BBC, un Appel dont nul ne pouvait prédire alors ni l’impact ni le poids historique. Tandis que la France et ses idéaux étaient sur le point de sombrer, cet Appel renvoyait le pouvoir pétainiste en place au rang des régimes illégitimes autant qu’illégaux.

Un Appel entendu par une poignée de Français mais dont l’écho très rapidement se propagea. Plus encore qu’un écho, c’est un sursaut, qui progressivement se propage. Un sursaut salutaire. Pour tous ceux qui l'entendirent, comme pour ceux qui n'eurent pas cette chance, le long, opiniâtre et périlleux travail de la Résistance commençait. Des ouvriers, paysans, ingénieurs, soldats, officiers décidèrent de répondre à cet appel et de relever le défi que proposait De Gaulle : continuer le combat, faire la guerre à la guerre jusqu'à la victoire des forces démocratiques et républicaines. Les ressources de la Résistance, malgré, au début, le manque de moyens matériels, s'avérèrent d'une grande utilité, toujours créatrices, inventives et en cela fédératrices et porteuses d'un espoir qui ne se démentira pas. Par le bouche-à-oreille, dans tous les milieux de la société, dans l'ombre de la clandestinité et prenant tous les risques, des femmes et des hommes déterminés ont réussi, pendant cinq longues années, eux-aussi et à leur tour de dire "non", à s'organiser et à prendre part à la victoire. Ils l'ont fait, pour beaucoup d'entre eux, au prix de la torture et de la déportation et souvent au péril de leur vie.

L'Appel du 18 juin a suscité dans le peuple le sens de la responsabilité citoyenne, caché au cœur de chaque femme, de chaque homme, malgré le danger.

L'Appel du 18 juin incarne, dans les mots, l'espérance et l'indignation : le peuple y a trouvé la force de faire bloc autour des valeurs de l'humanisme et du dévouement aux autres, jusqu'au sacrifice suprême.  Le Conseil National de la Résistance, fédéré par Jean Moulin, à la demande du Général De Gaulle, inscrira ces valeurs dans l'histoire de notre pays, valeurs toujours à défendre aujourd'hui.

Dans ses Mémoires de Guerre, le Général de Gaulle nous rappelle que, je cite, « La République n’a jamais cessé d’être ». S’il n’y a pas eu en effet  de rupture dans l’histoire de la République Française, c’est précisément  parce qu’il a eu le courage et la clairvoyance, quelque années plus tôt, de prononcer ces mots. Ces quelques mots, ces quelques lignes, et les perspectives qu’ils ont tracées, ont permis à la France de sauvegarder son honneur et d’être partie prenante de la Victoire.

Il a conduit à l’intensification des actions de résistance puis à l’unification progressive de ses mouvements. Il a conduit aux actions dans le Maquis autant qu’à la presse clandestine, à Bir Hakeim et El Alamein ou encore au débarquement du 15 août en Provence.

A la déroute militaire aurait pu s’ajouter la déroute morale. Et à l’humiliation s’adjoindre le déshonneur. Ce 18 juin 1940, le péril du déshonneur était bien présent mais l’Appel du Général nous en a sauvés.

Ce jour est donc marqué de l’empreinte indélébile d’un homme qui a su dire Non, quand tout concourrait pourtant à l’acceptation tacite ou assumée d’un armistice dégradant. 

Il y a peu d’épisodes, dans la grande histoire de notre pays, où le destin et l’honneur de la France ont ainsi reposé sur les épaules d’un seul homme. Un 18 juin qui, plus qu’une date, constitue un repère, une boussole car le 18 juin forme un bloc dans l’Histoire de la France.    Il débute bien sûr à Londres mais il se traduit et il se prolonge, dans l’immédiat après-guerre, par la refondation d’un modèle de société, de liberté et de justice dont nous sommes aujourd’hui les temporaires héritiers.

Au-delà de cet appel il y a donc eu un chemin. Ce chemin, nous devons continuer de le tracer. Car si le 18 juin appartient résolument à notre Histoire, il ne fait pas partie de notre passé. Il ne doit pas faire partie de notre passé.

A l’heure où notre Nation se cherche et hésite, entre unité et communautarisme. A l’heure enfin où notre modèle de cohésion sociale sort fragilisé d’une crise qui continue d’en saper les fondements. 

A cette heure, ne nous contentons pas de célébrer la mémoire de ceux qui ont sauvé la France.  Appuyons-nous au contraire sur leur œuvre pour imaginer, ensemble, les ressorts d’un sursaut nouveau. 

Oui, le 18 juin est une cérémonie de souvenir, d’hommage et de respect à l’égard de ceux qui ont permis à la France de ne pas mourir au moment où elle sombrait, une cérémonie au service d’une certaine idée de la France, d’une France qui assume et qui porte haut les valeurs universelles d’humanisme, de cosmopolitisme et de liberté.

Pour conclure, je vous citerai André Malraux : « Le 18 juin  a délivré la France de son propre abandon et lui a ainsi permis de ne pas mourir ».



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