11 NOVEMBRE 2015

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus,

Monsieur le Lt Colonel FOUBERT représentant le Colonel LEFEBVRE Commandant la Base Aérienne 120.

Mesdames et Messieurs les Officiers, sous-officiers, hommes du rang des forces armées, de gendarmerie, de la Police municipale et du centre de secours de Biganos,

Mesdames et Messieurs de la Protection Civile,

Mesdames et Messieurs de l’harmonie municipale.

Messieurs les porte-drapeaux,

Mesdames Messieurs.

Chaque 11 novembre nous commémorons la fin de la première guerre mondiale, mais aussi depuis quelques années la fin de tous les autres conflits. Cependant, la guerre de 14-18 résonne d’une intensité particulière parmi nos commémorations, car elle a en effet marqué un épouvantable tournant dans ce que l’homme a pu imaginer et concevoir pour s’autodétruire. Jamais jusqu’alors on n’avait vu à ce point la technologie, avec l’apparition des chars, des sous-marins et des avions, l’industrie et  la science avec les premières armes de destruction massives se mettre au service de l’extermination des hommes. L’acier, le feu, les gaz mortels, la mitraille, un peu comme si tous les éléments de la terre avaient été convoqué pour anéantir la chair. Jamais le monde n’avait encore vu de telles atrocités, une telle quantité de tués, de blessés, de mutilés, de « gueules cassées ».

Biganos comme les 36 000 autres communes de France fut frappé dans sa chair par les combats. Regardons la liste des noms gravés sur ce monument, elle n'en finit pas. : 64 morts dont 16 pour la seule année 1915. Ils s’appelaient : ARNAUD, CAZEAUX, DELHOMME, DESCAT, DUBARRY, DUBOS, DUBROUS, DUFAURE, DUMAS, DUVIGNAC, GARNUNG, GASSIAN, GASTON, GUITARD, JAMBES et SOUBERBIELLE.

Je vous rappelle qu’en 1915 Biganos ne comptait que 2200 habitants.

Lorsqu’une guerre frappe aussi profondément un peuple, cela signifie que nul n’est épargné : chacun avait forcément un parent, un ami ou un voisin mort au combat.  Comme dans toutes les villes de notre pays, la jeunesse Boïenne  fut fauchée, des familles entières décimées. Nous pensons également aux 21 canadiens et anglais dont nous venons de fleurir les tombes.

Pour la France un simple chiffre : 1 million et demi de victimes dont la très grande majorité avait entre 18 et 27 ans...

Mais cette guerre a fait aussi 9 autres millions de victimes provenant de 35 nations ou empires engagés dans ce conflit. A l'échelle mondiale, elle anéantira plus de 10 millions d’hommes. Des morts, des veuves, des orphelins, des invalides, des malades, des «gueules cassées », que de souffrances dans les corps, dans la chair et dans les esprits.

 

Pour avoir une idée du traumatisme épouvantable causé par cette guerre un chiffre parle à lui seul : 27000.

Le 22 aout 1914, près de la petite ville de Rossignol à la frontière entre le Luxembourg et la Belgique 27 000 soldats français, je dis bien 27 000 de nos jeunes sont tombés en cette seule journée, soit un chiffre équivalent à tous les soldats français tués en Algérie entre 1954 et 1962.

Vous savez tous combien ces journées du souvenir sont importantes. Dans une société sans doute trop confortable qui ne veut plus s’embarrasser avec son passé, qui a tendance à oublier quels sacrifices ont été nécessaires pour que la paix s’installe durablement en nos contrées, pour que tous nous puissions jouir de ce bien précieux qu’est la liberté, pour que nous n’ayons plus, nous, les générations suivantes, à connaître les horreurs de la guerre.

C’est une autre chose qu’il convient aussi de célébrer le 11 Novembre, c’est la fête de la France unie, la fête de la volonté d’un peuple de résister, la fête des hommes qui se battent pendant que leurs femmes font tourner les usines, travaillent dans les champs, les hôpitaux.

Des héros, cette guerre en a connu beaucoup, nous ne voulons oublier personne et certainement pas les héroïnes, mobilisées à l’arrière pour suppléer leur mari parti au combat, elles ont vivement répondu présentes.

Dès les premières heures du conflit, partout elles labourent, sèment et fauchent. Elles tirent les herses et déplacent les charrues avec courage. La guerre s’éternisant, le monde agricole ne sera plus leur seule tâche. Elles porteront aussi assistance aux blessés et investiront les hôpitaux, gagnant leur surnom d’ « anges blanc ». Dans les écoles, les postes, les tramways et même dans les mines et les usines, les femmes sont à pied d’œuvre. Elles portent le pantalon, coupent leur cheveux et assurent leur tâche tout en vivant des moments d’angoisse que l’on peut imaginer.

L’hebdomadaire « la Vie féminine » écrivit, en janvier 1919, qu’ « il a fallu la Grande Guerre pour que l’humanité prît conscience de sa moitié ». Oui, et quelle moitié !

Au cœur de l’enfer glacial des tranchées, nos « poilus » nous ont donné une exceptionnelle leçon de dévouement, de dépassement, d’humanisme et de fraternité, mais pour notre Nation, ces femmes ces hommes, mobilisées à l’arrière du front  n’ont jamais cessé d’animer, même aux pires moments, le feu de la liberté et de l’espérance ; et la promesse de lendemains heureux, de paix.

Cette paix est pourtant fragile. L’Humanité ne s’est jamais pleinement débarrassée des oripeaux de la guerre, de la xénophobie, du nationalisme et des égoïsmes meurtriers. Le fracas des armes, même atténué, résonne encore à nos oreilles.

Alors que notre siècle débute à peine, notre armée multiplie les interventions là où la barbarie menace de l’emporter, là où les droits de l’homme chancellent sous le poids de la haine.

Le temps des héros n’est pas révolu, ils sont nombreux encore ceux dont la noblesse du dévouement appelle de notre part une immense gratitude. Leurs opérations s’appellent : DARMAN, CHAMMAL, BARKHANE, CORYMBE, SANGARIS, ou ATALANTE. Ils sont près de 7000 soldats à intervenir en OPEX, risquant leur vie pour préserver la paix, au Liban, en Irak, au Mali, dans la bande sahélo-saharienne, dans le golfe de Guinée, en République centrafricaine, ou encore dans l’océan indien.

Saluons le sacrifice passé et présent de tous ces soldats qui bravent le danger pour préserver la liberté partout dans le monde.

Tout à l’heure, 8 de nos camarades membres de l’Association Boïenne des Combattants se verront décerner une décoration pour leurs faits d’armes au cours de la guerre d’Algérie :

Recevront le Titre de Reconnaissance de la Nation : Christian BOUGENIERES, Jacques CARRE, Maurice MONGRAND, et Georges TREMBLAY (Monsieur CARRE,  ne pouvant se déplacer, la médaille lui sera remise ultérieurement à domicile).

La Croix du Combattant sera attribuée : à Daniel BACH, à Jean-Claude CLEMENT, à Gérard DAUGE et à Jacques DEJEAN.

Mais cette reconnaissance ne peut s’établir sans l’impérieuse nécessité de commémoration. Une Nation amnésique de ses heures les plus sombres, s’oublie comme Nation.

La Mémoire nationale n’est ni repentance, ni souffrance, ni fascination morbide pour le passé. Elle est ce qui lie nos ainés avec les plus jeunes, elle est transmission, héritage. Elle est l’esprit de la France.

En août 1876, à l’Assemblée nationale, Victor Hugo prenait la parole pour réclamer une intervention  afin de mettre un terme aux massacres de guerre qui avaient lieu en Serbie. Aux représentants du peuple réunis, il dit ceci : « Muselons les fanatismes et les despotismes. Brisons les glaives, valets des superstitions, et les dogmes qui ont le sabre au poing. Plus de guerres, plus de massacres, plus de carnages ; libre pensée, libre échange ; fraternité.  Est-ce donc si difficile, la paix ? »  139 ans plus tard, force est de constater : oui, la paix reste difficile, elle a eu besoin de tous ceux à qui nous rendons hommage aujourd’hui, elle aura, aujourd’hui et plus encore demain, besoin de nous tous.



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