8 JUIN 2015

Messieurs les Porte-drapeaux

Chers Amis,

Monsieur le Maire de Biganos est à Saint- Martin de Fontenay, il vous salue et il m’a prié de le représenter pour cette commémoration.

Nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer nos compatriotes « Morts pour la France » en Indochine. Mais aussi pour saluer comme il se doit nos amis anciens combattants, membres de l’ABC qui ont risqué leur vie en Indochine.

Je cite : Paul BONNAIRE, Yves CAMINS, Jacques DEJEAN, Albert DELMAS, Henri DELTERAL, Michel GALMET et Marius REY.

Et permettez-moi d’avoir une pensée pour mon ami Daniel Baladou qui y était né.

Notre Municipalité et l’ABC  montrent l’exemple, en commémorant chaque année cette Journée Nationale d’Hommage qui permet de rappeler à tous le sacrifice des 29.000 métropolitains, des 11.000 légionnaires, des 15.000 africains et nord-africains, et des 45.000 indochinois, morts au nom de la France, en Indochine.

Les bouleversements consécutifs à la seconde guerre mondiale et l’expansionnisme du communisme en Extrême-Orient avec l’annonce unilatérale, le 2 septembre 1945, de la création de la République Démocratique du Vietnam par le chef communiste Hô-Chi-Minh, firent qu’au lendemain de la victoire de 1945, le Général De Gaulle décide la création d’un corps expéditionnaire français en Extrême-Orient.

Dés le mois de juin 1945, quelques éléments précurseurs, dont les commandos marine du Commandant Kiefer, ceux-là même qui ont débarqué avec les alliés le 6 juin 44 en Normandie sont mis à la disposition de l’Amiral anglais Lord Mountbatten commandant en chef des forces alliées dans le sud-est asiatique.

Puis sous l’autorité du Général LECLERC, la France s’engagea plus avant militairement pour rétablir sa souveraineté en Indochine. Ainsi cette guerre  va durer près de 120 mois soit le temps des deux conflits 14-18 et 39-45 réunis.       

La première grande guerre coloniale française venait de commencer. Ce conflit ne fera que s’aggraver avec le début de la guerre froide, les puissants voisins communistes chinois et russes soutenant les forces vietminh. Les forces de l’Union Française en Indochine devenaient ainsi un avant-poste de la guerre froide dans cette partie du monde.

Au plus fort de la présence française, ce sera plus de 260.000 hommes qui composèrent le Corps Expéditionnaire d’Extrême-Orient avec un soutien logistique de la part des Etats-Unis.

En  mai 1954 : après la bataille de Dien-Bien-Phu. les Accords de Genève sont signés, le 9 octobre 1954, les troupes françaises évacuent Hanoï et en mai 1955 le Corps Expéditionnaire quitte définitivement l’Indochine.

 

Durant cette décennie, les soldats français loin de chez eux relevaient le défi dans des conditions extrêmes, sur un terrain très difficile fait surtout de jungle, de rizières, de marécages et face à un ennemi imprévisible, opiniâtre, profitant de sa connaissance du milieu ambiant pour mieux appliquer ses techniques de guérilla.

Le 17 novembre 1951, le Général De Lattre s’adressant au Général Salan après lui avoir passé le commandement lui confie :

« Nous avons en face de nous des adversaires qui ne se contentent pas de tuer nos soldats. Ils font la guerre aux âmes… c’est une guerre qu’il ne faut pas perdre, Salan. Sinon le jeu maudit se poursuivra en Tunisie, en Algérie, dans toute l’Afrique….peut être même en France. »

Mais tous ces soldats d’une guerre inconnue ont découvert une situation pire à leur retour. Ce n’était plus l’abandon mais le rejet. 

Pas de détachement militaire sur les quais pour leur rendre les honneurs mais….des piquets de CRS pour les protéger des excités qui les abreuvaient d’injures et de menaces allant jusqu'à cracher sur les blessés couchés sur leur brancard. Pas de travail pour eux lorsqu’ils révélaient leur passé militaire. Combien de soldats blessés au combat touchés dans leur âme et dans leur chair sont-ils revenus en métropole sur des navires-hôpitaux à Marseille, accueillis sous les huées et coups de boulons de dockers français ayant embrassé la cause viet-minh ?

L’Indochine, une guerre faite par des professionnels qui avaient, pour une grande partie d’entre eux, déjà combattu en Europe, une guerre si loin de la métropole, une guerre où des dizaines de milliers de soldats français sont morts pour la France au combat ou dans ces camps concentrationnaires communistes et ce dans une indifférence quasi générale.

Car, ce fut bien la croisade du silence et de l’oubli, à l’exception d’une sincère émotion lors de l’écrasement du camp retranché de Dien Bien Phu.

La France attendra 51 ans avant de publier le décret n°2005-547 du 26 mai 2005 instituant une journée nationale d’hommage aux morts pour la France en Indochine fixée au 8 juin de chaque année. Une date non pas choisie parce qu’elle correspondait à un fait d’armes, mais parce qu’elle correspondait au transfert, le 8 juin 1980, des cendres du soldat inconnu d’Indochine à la nécropole nationale de « Notre Dame de Lorette » à Albain Saint Nazaire dans le Pas-de-Calais.

 Aujourd’hui, il nous appartient donc de nous souvenir d’eux, et d’honorer leur mémoire Il nous appartient de faire une place dans l’Histoire à ces Hommes, et ces femmes.

Notre hommage va également au Général Marcel Bigeard, grand soldat de la guerre d’Indochine, au parcours exemplaire, disparu, le 18 juin 2010, et dont le nom restera intimement lié à ce terrible conflit.

Que l’exemple de tous ceux qui sont tombés reste dans notre mémoire, dans la mémoire de notre patrie.

Pour conclure j’aimerai citer le philosophe grec Euripide :

        "Le temps dira tout à la postérité : c'est un bavard il parle quand on ne l’interroge pas."              



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