8 MAI 2015

Monsieur le Maire, Mesdames et Messieurs les élus,

Messieurs les Officiers, Sous-officiers des forces armées, de Gendarmerie et de Police.

Messieurs les porte-drapeaux,

Mesdames, Messieurs.

« La guerre est gagnée. Voici la victoire. C’est la victoire des Nations Unies et c’est la victoire de la France. L’ennemi allemand vient de capituler devant les armées alliées de l’Ouest et de l’Est. » Tels sont les premiers mots de l’allocution radiophonique du Général de Gaulle en ce 8 mai 1945 à 15 heures, Il y a 70 ans. Les cloches des églises sonnent à toute volée et en écho immédiatement le peuple de France dans chaque village, dans chaque ville entonne la Marseillaise pour célébrer la fin de ce terrible calvaire, dont il ne mesure probablement pas en cet instant l’ampleur.

Cette guerre qui a ravagé l’Europe durant six terribles années et qui se poursuivra durant de longs mois en Asie et dans le pacifique. Cette guerre est sans précèdent. Car au conflit militaire entre Nations, s’est ajoutée une persécution volontaire, systématique, méthodique de populations civiles, hommes, femmes, enfants parce qu’ils étaient juifs et c’est la singularité de la Shoah dans l’histoire de la seconde guerre mondiale et plus largement dans l’histoire des désastres humains, parce qu’ils étaient slaves, parce qu’ils étaient tziganes, parce qu’ils étaient opposants politiques, parce qu’ils étaient homosexuels.

Tous pourchassés, déportés, avec la volonté de les exterminer.

Permettez-moi ici d’avoir une pensée pour Armand BRUBALLA membre honoraire de l’ABC, décédé récemment mais qui fut l’un des rares survivants de la marche de la mort d’Auschwitz vers la Baltique en janvier 1945.

Cette guerre totale fit plus de victimes civiles que de victimes militaires. La France pleure six cent mille morts, et compte des millions de personnes déplacées, sans abri ni ressources.

Aussi commémorons-nous en ce jour non seulement la fin des combats, la paix et la liberté retrouvées pour notre peuple, mais nous pensons aussi avec émotion aux millions de victimes mortes dans toute l’Europe, après d’atroces humiliations et souffrances.

Nous pensons avec émotion à ces glorieux soldats de l’armée d’Afrique, à ces jeunes soldats des armées alliées venus parfois donner leur vie sur le sol de France, aux membres des Forces Françaises libres et aux combattants de la Résistance. Nous pensons à tous ces héros, qui les armes à la main, qui un message dans la poche, qui en cachant un enfant, qui en partageant dans un camp sa maigre ration avec plus faible que lui, à tous ces héros qui ont bravé l’ennemi et entretenu l’espérance.

Mais sans refuser la légitime émotion gardons présentes les paroles de Pierre Brossolette :

« Ce que nos morts attendent de nous, ce n’est pas un sanglot, mais un élan !».

Cet élan fut celui qui permit la reconstruction de la France recouvrant ces valeurs.

Nous devons toujours rester fidèles à ces moments, à ces choix courageux. Les objectifs ambitieux que s’assigna la France au lendemain des moments les plus sombres de son histoire ne sauraient être considérés comme irréalistes ou dépassés aujourd’hui.

Les responsables de la résistance, n’avaient pas seulement combattu pour la Libération, ou pour sauver l’honneur de la France piétiné par Pétain. Ils avaient aussi pensé la reconstruction pour que la bête immonde ne renaisse pas. Ils ne pouvaient oublier que quelques années seulement après la « der des ders » un homme rongé par l’esprit de revanche accédait au pouvoir, en Allemagne, en se faisant élire, profitant du désarroi d’un peuple qui au lendemain des contraintes de la défaite de 1918, voyait comme tout le reste de l’Europe déferler les ravages de la crise de 1929. Trente-sept pour cent en 1933, voilà le score recueilli par le parti nazi. Score qui lui ouvrit les portes d’un pouvoir qu’il ne lâchera plus que douze ans après, vaincu par les armées alliées.

Douze ans pendant lesquels à longueur de discours, de journaux, usant comme personne auparavant des mass médias il inculqua méthodiquement la haine de boucs émissaires dont la disparition garantirait la fin des malheurs au peuple. Pour désigner ses boucs émissaires on diffuse consciencieusement dans les esprits un mélange de social darwinisme vulgaire, cette « philosophie de vétérinaires » et d’anthropologie de comptoir qui prétend au travers de théories pseudo scientifiques établir une hiérarchie des races en se basant sur les caractéristiques physiques.

Trois générations après la Libération, les défis restent les mêmes. La paix et la liberté sont des biens précieux et fragiles que nous avons en héritage, et que nous devons transmettre. Notre vigilance et notre mobilisation doivent être entières face à ceux qui prônent pour seule réponse à une société qui souffre : la stigmatisation commode de l’autre, de l’étranger, de celui qui est différent.

Souvenons-nous : du vent de libération qui souffla sur notre pays en 1944, du 6 juin, jour du débarquement allié en Normandie, jusqu'au 23 novembre où la ville de Strasbourg fut libérée.

Souvenons-nous : du formidable espoir qui grandit tout au long de l'hiver qui suivit, malgré les privations encore plus dures à supporter après cinq ans de guerre.

Mais souvenons-nous aussi: En janvier, nous étions tous « CHARLIE », tous policiers et tous juifs.

Soixante-dix ans plus tard, nos valeurs sont de nouveau menacées par l’intolérance, l’obscurantisme, le fanatisme religieux d’une minorité d’extrémistes.

Nos forces armées veillent au maintien de ces valeurs républicaines partout dans le monde.

A ce jour 7000 militaires français sont engagés dans les différentes OPEX : au proche et moyen orient, en Afrique centrale, dans la bande sahélo-saharienne ou dans l’océan indien. Ou encore sur notre sol dans le cadre de Vigipirate.

En nous remémorant aujourd'hui cette période sombre du siècle précédent, en nous inclinant devant les tombes des parents, des amis, des inconnus qui sont tombés sous le coup de l'histoire, nous célébrons le retour de la paix. Nous célébrons le retour d'une société juste et égalitaire, libre et démocratique.

Nous remercions ceux qui se sont battus, non pour manger à leur faim ou dormir au chaud, mais pour vivre dans la dignité et la liberté et pour que tout le monde après eux puisse en faire autant.

Le 8 mai 1945 appartient aujourd’hui à l’Histoire, mais les leçons de cette horrible guerre restent hélas d’actualité.

Je vous remercie.



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